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Dessine-moi un selfie

Agence 1948
Written by Agence 1948

– Décryptage de l’exposition « My Selfie and I », du Musée d’Art de Tel Aviv –

Aller au musée, c’est bien. Montrer au monde entier qu’on a passé son après-midi au musée, c’est mieux. Parce que le Musée d’Art de Tel Aviv l’a bien compris, il a organisé une exposition dédiée au plus grand mal de notre génération : le selfie.

Depuis le début du mois de décembre, le Musée d’Art de Tel Aviv (Tel Aviv Museum of Arts) accueille une exposition qui s’appuie sur une tendance pour le moins controversée : le selfie ! «  My selfie and I » est une parcours interactif au cours duquel le visiteur alimente l’exposition. En effet, il se prend en photo sur des tablettes, met sa tête dans un cube tout décoré de miroirs pour se découvrir sous toutes les coutures et peut même faire un puzzle d’un de ses selfies préalablement découpé et mélangé.

Selfie Petits et grands participent activement à l’exposition

Oui, on se prend en photo. Oui, on fait des selfies. Tout seul devant le miroir de la salle de bain (bon… il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien faire), avec ses amis, avec son petit ami ou avec son chien. Pendant des années, il a fallu faire preuve d’une extrême souplesse du poignet pour retourner le téléphone et un don certain pour le cadrage, nos appareils n’étant pas encore pourvus de la fonction « verso » de la caméra ! Aujourd’hui, le selfie nouvelle génération se fait avec les bras un peu plus hauts que la tête (effet minceur garanti), la bouche un peu en avant (côt côt), et les yeux  (très) grands ouverts. On a même poussé le vice plus loin avec l’invention brillante de la perche à seflies qui permet d’agrandir l’angle puisqu’il donne l’effet que quelqu’un en situation de recul prend la photo.

 La notion de recul est clé. Quand on prend quelqu’un en photo, on utilise un media (de son sens premier médiateur, intermédiaire). On se recule pour avoir un meilleur cadrage, on prend du recul par rapport à ce(ux) que l’on photographie(nt). Un selfie supprime cette notion de recul et d’objet intermédiaire. On se prend soi-même en photo, sans recul, sans cadrage sinon celui que l’on sait le plus flatteur.

L’ancêtre du selfie, l’autoportrait, a fait ses preuves mais il avait la qualité d’être le fruit d’un labeur et d’une production unique. Le selfie s’efface, se refait, se modifie, se partage à l’infini. Soyons honnête, on ne fait pas de selfie pour soi-même. On le fait pour le partager sur les réseaux sociaux, pour utiliser le hashtag #me et #selfie sur Instagram (ce sont les deux hashtags les plus virales sur Internet).

Selon une étude menée par le Times, Tel Aviv est la 6ème ville du monde en terme de nombre de selfies pris par habitant. La ville qui prend le plus de seflie est Makati City, aux Philippines. Elle est suivie de Manhattan et de Miami.

Nous avons beaucoup aimé l’exposition « My selfie and I ». Le titre d’abord nous a conquis : il y a moi et il y a celui que je veux montrer. Ensuite, on a aimé l’aspect interactif de l’exposition à laquelle le visiteur participe, petit ou grand. Aujourd’hui, le spectateur devient davantage un spect-acteur : il veut prendre part à ce qu’il voit. Un peu comme dans les moyens de communication : je ne suis plus seulement un récepteur mais aussi  un contributeur, tout le temps, partout. Enfin, on a apprécié l’utilisation des miroirs au début de l’exposition : avant même d’être confronté  à l’appareil et à l’outil selfie, le visiteur se voit de tous les côtés, dans un kaléidoscope de miroirs.

Selfie 1

Selfie 3

Et oui… il ne suffit pas de se montrer, il faut aussi savoir se regarder et s’assumer, à droite, à gauche et de haut en bas !

Seul bémol : en tant que fervents défenseur de la communication, nous avons remarqué le potentiel viral de l’exposition, qui n’a pas été exploité. Il aurait été pertinent de créer un hashtag pour les selfies pris pendant l’exposition ou un moyen de retrouver sur le site ou sur un réseau social les photos prises pendant le parcours. Cela aurait permis de créer un vraie communauté de visiteurs et aurait apporté de la notoriété à l’exposition et au Musée d’Art Tel Aviv.

3 questions à Sara Reiman Shor, Commissaire principale de l’exposition « My Selfie and I »

Pourquoi avez-vous eu envie de monter cette exposition ?

Les Israéliens, comme beaucoup de gens dans le monde, font des selfies ! Nous sommes connus comme un pays technologique, une start-up Nation et nous sommes, inévitablement, au milieu d’une vraie communauté digitale. C’est pour cela que nous devions faire part de ce phénomène de selfie. J’ai eu l’idée d’une exposition interactive, accessible au jeune public puisque on ne peut plus ignorer l’importance de la vie digitale dans le processus d’éducation. Il fallait rendre l’exposition attractive pour les enfants.

Comme décririez-vous l’attitude globale des israéliens vis à vis de l’art ?

Les Israéliens adorent aller voir des expositions ! Beaucoup de parents viennent accompagnés de leurs enfants. La majorité de nos visiteurs viennent du Centre d’Israël. Pour les habitants de Tel Aviv, l’art et la culture font partie de la vie quotidienne. Les Israéliens aiment découvrir de nouvelles choses, même si ils ne les comprennent pas toujours, ils sont curieux !

Que pensez-vous que le public aime le plus dans l’exposition « My Selfie and I » ?

Ils aiment d’abord le côté interactif et participatif. En règle générale , le spectateur a tendance à devenir actif dans l’exposition : il ne se contente plus de regarder mais il contribue. Il y a aussi un vrai dialogue qui se met en place entre parents et enfants pendant l’exposition.

« My Selfie and I », Musée d’Art de Tel Aviv (Tel Aviv Museum of Arts)

http://www.tamuseum.org.il/default.aspx

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