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Mort digitale: J’irai poster sur vos tombes

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Written by Agence 1948

« Puisque la mort est inévitable… oublions-la », disait Stendhal. Ce spécialiste du secret bien gardé aurait sûrement son mot à dire sur la mort digitale et la conservation des données post-mortem.

En attendant, d’autres se sont récemment penchés sur la question : les membres du gouvernement français. En effet, le mardi 26 janvier 2016, une nouvelle loi a été votée : la loi « Pour une république numérique ». Présentée par la Secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire, elle aborde la délicate question de la mort digitale. La loi veut : « permettre à toute personne, de son vivant, d’organiser les conditions de conservation et de communication de ses données à caractère personnel après son décès ».

Dans les faits, cette loi servira surtout de cadre légal et juridique à toutes les options que les différents sites et réseaux sociaux proposent aujourd’hui en matière de mort digitale. A partir de maintenant, l’individu est assuré de pouvoir organiser la gestion post-mortem de ses données numériques. Il peut désigner une ou des personne(s) responsable(s) de ses informations, codes, etc stockées et disponibles sur Internet.

A chaque réseau sa mort

Chaque réseau a sa propre conception de la vie après la mort :
Facebook permet de désigner un légataire, qui sera à même de gérer votre compte en cas de décès. Il est possible de demander à ce que le compte soit directement supprimé, ou mettre en place un profil de « commémoration ». Chaque utilisateur peut également donner le droit au légataire de « télécharger une copie de ce que vous avez partagé sur Facebook ».

De son côté, Twitter propose un formulaire permettant de supprimer le compte du défunt. La preuve du décès et du lien de l’ayant droit avec le détenteur du compte est nécessaire.

Chez Google, on propose depuis le 11 avril une sorte de testament numérique, permettant de programmer la suppression du compte Google, mais aussi d’envoyer les données personnelles (que ce soit celles de Gmail, YouTube, Google+, etc) à un ou plusieurs proches.

Enfin pour Paypal, il faut faxer de nombreux documents (pièce d’identité, copie du testament, lettre indiquant les fonds restants sur le compte, etc) pour pouvoir fermer le compte et récupérer le solde disponible.
Cette histoire de mort digitale pose deux questions principales quant à la conservation des données :

Faut-il digitale-ment disparaître totalement après sa mort ? Certains considèrent que le droit à l’oubli est primordial après la mort et que le profil Facebook d’une personne décédée n’a pas lieu d’être.
Faut-il garder les souvenirs postés et présentés sur Internet et continuer à vivre sur Internet après sa mort ? C’est visiblement ce que souhaitent certains internautes puisque c’est ce que Facebook propose en imaginant une page « mémorial » où chacun peut «s’adresser » au défunt ou poster à sa mémoire.

#jesuisconnecté

Il ne faut pas négliger le contexte dans lequel la loi « Pour une république numérique » a été présentée et votée. La mort digitale intervient dans la majorité des cas lors de morts accidentelles et soudaines. C’est malheureusement à ce type de mort que la France est confrontée depuis plus d’un an, à cause des attentats dont elle a été victime.

La « gestion » des données numériques des victimes a été très compliquée à la fois pour les autorités et pour les familles. Les media ont parfois dépassé les limites de la pudeur en affichant publiquement certains éléments postés par les victimes, certains profils ont été assaillis de commentaires de soutien, rendant parfois le deuil des familles plus difficile.

Il faut également souligner que cette loi a le caractère quasi exceptionnel de faire d’un problème privé (la mort), une considération publique et collective. Ces lois qui partent d’une question de la sphère privée pour pénétrer celle de la collective sont généralement mal accueillie par l’opinion publique. Généralement, ce phénomène s’observe précisément dans le cas d’une loi-événement : une loi basée sur des faits d’actualité récents qui ont soulevé des questions juridiques.

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